
Les batteries lithium-ion sont désormais partout dans les environnements professionnels. Vélos électriques, trottinettes, outils électroportatifs, chariots élévateurs, systèmes de stockage d’énergie, équipements informatiques mobiles : la liste s’allonge chaque année. Cette présence massive a transformé le rapport des entreprises à l’énergie embarquée, mais elle n’a pas toujours entraîné une évolution équivalente des pratiques. On charge, on stocke, on remet en service — souvent sans procédure claire, sans espace dédié, sans formation des équipes.
L’INRS rappelle pourtant que la défaillance d’une batterie lithium-ion peut conduire rapidement à un feu violent, avec des effets pouvant s’étendre sur plusieurs mètres autour de la batterie concernée. Ce n’est pas un risque marginal, réservé aux accidents industriels. C’est un risque du quotidien, qui se réalise souvent dans des contextes banals : un local de charge encombré, une batterie abîmée remise en service, une recharge laissée sans surveillance la nuit.
La reconnaissance récente d’une classe L dans la norme ISO 3941:2026 pour les feux de batteries lithium-ion marque une évolution importante : elle confirme que ce risque est désormais identifié comme spécifique, et qu’il ne peut plus être traité comme un risque incendie ordinaire. Mais la norme ne se substitue pas aux pratiques. Ce sont les décisions concrètes — où recharger, comment stocker, que faire en cas d’anomalie — qui déterminent réellement le niveau d’exposition.
Cet article revient sur les erreurs les plus fréquentes, celles qui augmentent concrètement le risque d’emballement thermique et d’incendie. Il propose aussi des repères pour construire une approche plus structurée.
1. Pourquoi la recharge et le stockage sont des moments particulièrement sensibles
Pour comprendre pourquoi les erreurs de stockage et de recharge ont des conséquences aussi graves, il faut partir du mécanisme lui-même. Une batterie lithium-ion stocke une quantité d’énergie importante dans un volume réduit. Lorsqu’elle est en charge, des phénomènes électrochimiques se produisent à l’intérieur des cellules. Si quelque chose dérègle ce processus — une chaleur excessive, un courant inadapté, un défaut interne, une cellule vieillissante — la température peut monter de manière incontrôlée.
L’INRS décrit ce phénomène d’emballement thermique comme une réaction auto-entretenue : une fois déclenchée, la montée en température s’accélère d’elle-même, des gaz sont libérés, et le feu peut se propager aux cellules voisines ou à l’environnement immédiat de la batterie. Cette propagation peut être extrêmement rapide, laissant peu de temps pour réagir.
La recharge est le moment où ce risque est le plus élevé, parce que la batterie est active et que des défauts qui ne se manifestaient pas au repos peuvent alors apparaître. Mais le stockage n’est pas neutre non plus : une batterie stockée dans de mauvaises conditions peut se dégrader progressivement jusqu’à atteindre un seuil critique. C’est la combinaison des deux — un état de la batterie dégradé et une recharge dans un environnement inadapté — qui crée les situations les plus dangereuses.
2. Erreur n°1 : recharger des batteries dans un espace non adapté
La première erreur, et sans doute la plus fréquente, est de recharger des batteries n’importe où. Bureau ouvert, réserve encombrée, couloir de stockage, sous-sol sans ventilation, local technique partagé avec des cartons ou des produits inflammables : autant d’espaces qui présentent des risques réels en cas d’emballement thermique.
L’INRS recommande explicitement des locaux ou armoires de charge dédiés, résistants au feu et ventilés. Cette recommandation repose sur une logique simple : si un emballement thermique se produit, les conséquences dépendent directement de l’environnement dans lequel il se passe. Un espace cloisonné, résistant au feu et sans matériaux combustibles au contact de la batterie limite considérablement la propagation. À l’inverse, une batterie qui prend feu dans un espace encombré et mal ventilé peut rapidement devenir un incendie difficile à contrôler.
La ventilation joue un rôle particulier. Lors d’un emballement thermique, des gaz sont libérés. Ces gaz peuvent être inflammables et toxiques. Dans un espace fermé et non ventilé, leur accumulation aggrave le phénomène et crée un risque supplémentaire pour les personnes présentes ou qui pourraient intervenir.
Pour les entreprises, cela se traduit très concrètement : désigner un espace dédié à la charge, s’assurer qu’il répond aux exigences de résistance au feu et de ventilation, et ne pas tolérer la recharge dans des espaces improvisés, même pour de courtes durées.
3. Erreur n°2 : stocker les batteries sans séparation ni protection
Le stockage des batteries est souvent considéré comme un sujet secondaire. On les range dans un tiroir, un bac ou un rayonnage, parfois en vrac, parfois en contact les unes avec les autres. Cette approche comporte plusieurs risques mal perçus.
Le premier est le court-circuit par contact métallique. Des bornes exposées qui se touchent, un objet conducteur qui vient s’interposer entre deux batteries, et le risque d’échauffement apparaît immédiatement. Des protections simples sur les bornes — capuchons, sachets isolants — permettent de l’éviter, mais elles ne sont que rarement utilisées.
Le second risque est la propagation en cascade. Si une batterie entre en emballement thermique dans un stockage dense, les cellules voisines reçoivent un apport de chaleur intense. La probabilité que cela déclenche à son tour un emballement sur les batteries proches est élevée. Plus les batteries sont regroupées sans séparation, plus le scénario de propagation est rapide et difficile à maîtriser.
L’INRS insiste sur la nécessité de conditions de stockage spécifiques, incluant la séparation des batteries, des espaces adaptés et une surveillance ou une détection permettant de donner rapidement l’alarme. Ces exigences valent à la fois pour les batteries en service et pour les batteries de rechange ou en attente d’utilisation.
4. Erreur n°3 : remettre en charge une batterie endommagée ou suspecte
C’est l’une des erreurs les plus lourdes de conséquences. Une batterie qui a été soumise à un choc, une chute, une surchauffe ou une immersion peut présenter des dommages internes invisibles à l’œil nu. Remettre cette batterie en charge, c’est prendre le risque de déclencher un emballement thermique dans une cellule déjà fragilisée.
Les signaux d’alerte sont pourtant identifiables quand on sait les chercher :
- une batterie gonflée, déformée ou dont le boîtier a changé de forme ;
- une batterie anormalement chaude au toucher en dehors de toute utilisation ;
- une odeur inhabituelle, parfois décrite comme âcre ou chimique ;
- une trace de fuite ou une coloration suspecte autour des bornes ;
- un comportement électrique anormal, comme une décharge très rapide ou une incapacité à se charger normalement.
Face à ces signaux, la règle est simple : ne pas remettre la batterie en charge. L’isoler dans un espace sécurisé, à l’écart des autres batteries et des matériaux combustibles, et déclencher une procédure de mise en quarantaine. Cette procédure doit exister et être connue des équipes. Dans les entreprises qui ne l’ont pas formalisée, la décision est laissée à l’appréciation de chacun, ce qui conduit souvent à des choix risqués par méconnaissance ou par pression opérationnelle.
5. Erreur n°4 : laisser charger sans surveillance ni procédure
La recharge nocturne est une pratique très répandue. On branche les batteries le soir, elles chargent pendant la nuit, et elles sont disponibles le matin. C’est pratique, mais c’est aussi l’un des scénarios les plus dangereux, pour une raison simple : personne n’est là pour réagir si quelque chose se passe mal.
L’INRS recommande la mise en place de systèmes de détection ou de surveillance permettant de donner rapidement l’alarme. Cette recommandation est directement liée à la dynamique de l’emballement thermique : le phénomène peut être extrêmement rapide. Sans détection précoce, un événement qui aurait pu être limité si quelqu’un avait été là pour réagir peut évoluer en incendie déclaré avant même que les secours soient alertés.
Mais la surveillance ne suffit pas sans procédure. Qu’est-ce qu’on fait si une alarme se déclenche ? Qui est alerté ? Qui décide d’intervenir ou d’évacuer ? L’INRS insiste sur le fait que, dans certains scénarios, la première intervention — notamment à l’aide d’un extincteur — n’est pas recommandée. La stratégie préconisée repose sur l’isolement du risque et l’évacuation des locaux pour faciliter l’intervention des secours. Ces éléments doivent être écrits, connus et testés. Ils ne peuvent pas être inventés au moment où la situation se produit.
Sur ce point, beaucoup d’entreprises sont encore dans un angle mort : elles ont des batteries, elles les rechargent, mais elles n’ont pas formalisé ce qu’il faudrait faire en cas d’anomalie. C’est un risque organisationnel autant que technique.
6. Erreur n°5 : sous-estimer la propagation
L’une des erreurs de raisonnement les plus fréquentes est de penser que le risque est limité à la batterie elle-même. En réalité, l’emballement thermique d’une seule batterie peut déclencher un scénario de propagation significatif.
L’INRS rappelle que les effets d’un feu de batterie lithium-ion peuvent s’étendre sur plusieurs mètres autour de la batterie concernée. La chaleur rayonnée, les projections de matière en feu, les gaz inflammables libérés : autant de vecteurs qui peuvent enflammer des matériaux combustibles situés à proximité. Cartons, rayonnages en plastique, câblage électrique, autres batteries, équipements de travail : tout ce qui se trouve dans l’environnement proche est susceptible d’être impliqué.
C’est ce qui rend l’organisation de l’espace aussi importante que l’état de la batterie elle-même. Une batterie dans un espace dégagé, sans matériaux combustibles à proximité immédiate, dans un local résistant au feu, représente un risque très différent de la même batterie posée sur un bureau entre des piles de papier et des équipements électroniques.
La propagation peut aussi concerner d’autres batteries en charge ou en stockage. Un emballement thermique qui se propage à l’ensemble d’un rack de stockage ou à plusieurs appareils en charge simultanément crée une situation exponentiellement plus grave. C’est l’une des raisons pour lesquelles la séparation physique des batteries — même en dehors des phases de charge — est une mesure de sécurité fondamentale.

7. Ce que les entreprises devraient mettre en place
Réduire le risque incendie lié aux batteries lithium-ion n’est pas une question de budget exceptionnel ou de solution miracle. C’est d’abord une question d’organisation, de procédures et de cohérence entre les pratiques et les enjeux réels. Plusieurs mesures fondamentales peuvent être mises en place sans délai.
Définir et aménager un espace dédié à la charge
L’espace de charge ne doit pas être improvisé. Il doit répondre à des critères de résistance au feu, de ventilation, d’éloignement des matériaux combustibles et de contrôle d’accès. L’INRS recommande des locaux ou armoires de charge spécifiques. Ces espaces doivent être identifiés clairement, connus des équipes et utilisés de manière systématique.
Organiser le stockage des batteries avec séparation physique
Les batteries ne doivent pas être stockées en vrac. Une séparation physique entre les batteries, la protection des bornes exposées, et l’absence de matériaux combustibles au contact direct sont des exigences minimales. Elles s’appliquent aussi bien aux batteries en service qu’aux batteries de rechange.
Mettre en place une procédure de quarantaine pour les batteries suspectes
Toute batterie présentant un signe d’anomalie — gonflement, chaleur excessive, odeur, comportement électrique anormal — doit être isolée immédiatement dans un espace sécurisé, à l’écart des autres batteries et de tout matériau combustible. Cette procédure doit être formalisée et connue de toutes les personnes qui manipulent des batteries.
Installer un système de détection dans les zones de charge et de stockage
La détection précoce est une mesure essentielle, notamment dans les scénarios de recharge nocturne ou de stockage sans surveillance humaine permanente. Elle doit être dimensionnée en fonction des volumes et de la criticité des zones concernées.
Formaliser les procédures d’urgence et former les équipes
Les équipes doivent savoir quoi faire si elles observent une anomalie : qui alerter, comment réagir, quand évacuer. La doctrine recommandée par l’INRS repose sur l’isolement et l’évacuation, et non sur l’intervention directe. Ces consignes doivent être enseignées et répétées, pas seulement affichées sur un mur.
8. Le rôle de Lithium Secure
Beaucoup d’entreprises savent qu’elles utilisent des batteries lithium-ion, et certaines ont déjà conscience d’être exposées à un risque. Ce qui manque souvent, c’est la traduction de cette conscience en actions concrètes. On passe de « on a des batteries » à une vraie stratégie de prévention par étapes, et chaque étape demande une analyse et des choix spécifiques.
C’est précisément là qu’intervient Lithium Secure. Notre approche n’est pas de proposer un produit standard à toutes les situations. Elle est de partir des usages réels de l’entreprise : quelles batteries, en quelle quantité, dans quels espaces, avec quelles pratiques actuelles, et quels scénarios d’endommagement ou d’incident sont à prendre en compte.
À partir de cette analyse, nous aidons à structurer une réponse cohérente : choix des équipements de confinement ou d’intervention adaptés, organisation des espaces de charge et de stockage, mise en place de procédures de quarantaine, sélection de systèmes de détection, et accompagnement dans la formation des équipes. L’objectif n’est pas de répondre à une case réglementaire. C’est de réduire réellement le niveau d’exposition au risque d’emballement thermique.
La classe L, en tant que reconnaissance normative du risque spécifique des batteries lithium-ion, va dans le sens de cette approche. Elle confirme que le sujet mérite une lecture propre, et qu’on ne peut pas se contenter d’adapter des outils conçus pour d’autres types de feux.
Conclusion
Le risque incendie lié aux batteries lithium-ion ne vient pas uniquement des batteries elles-mêmes. Il vient aussi — et souvent principalement — de la manière dont elles sont rechargées, stockées et surveillées. Un espace de charge inadapté, une batterie abîmée remise en service, une recharge laissée sans surveillance, l’absence de procédure en cas d’anomalie : chacune de ces situations augmente concrètement la probabilité d’un événement grave.
La reconnaissance d’une classe L pour les feux de batteries lithium-ion dans la norme ISO 3941:2026 est un signal important : ce risque est désormais identifié comme spécifique à l’échelle internationale. Mais une classification normative ne change rien aux pratiques réelles. C’est l’organisation concrète — espaces dédiés, séparation des batteries, détection, procédures d’urgence, formation des équipes — qui détermine le niveau d’exposition réel.
Pour les entreprises qui utilisent des batteries lithium-ion au quotidien, la question n’est pas de savoir si ce risque existe. C’est de savoir s’il est correctement identifié, organisé et pris en charge. La réponse à cette question se trouve dans les pratiques de terrain, pas dans les documents de conformité.
Sources
INRS — Batterie lithium-ion de capacité intermédiaire : comment prévenir le risque incendie ? : article de prévention sur l’emballement thermique, les conditions de charge et de stockage sécurisées, et les stratégies de mise en sécurité en cas d’anomalie.
INRS — ED 160, Batteries lithium-ion des équipements sur les lieux de travail : fiche pratique détaillée sur les mesures de prévention à mettre en place dans les entreprises, les conditions de charge et de stockage, et les moyens de lutte contre un début d’incendie.
INRS — Risques liés aux batteries lithium-ion — Ce qu’il faut retenir : synthèse des risques associés aux batteries lithium-ion en milieu professionnel, avec rappel des principaux facteurs de déclenchement d’un emballement thermique.
ISO — ISO 3941:2026, Classes de feux : norme internationale publiée en janvier 2026, 3e édition, qui introduit la classe L pour les feux de batteries lithium-ion et classe les différents types de feux selon la nature du combustible.
EUR-Lex — Règlement (UE) 2023/1542 relatif aux batteries et aux déchets de batteries : texte officiel européen publié au JOUE le 28 juillet 2023, applicable depuis le 18 février 2024, qui encadre la sécurité, la durabilité et la traçabilité des batteries mises sur le marché européen.
Commission européenne — New law for more sustainable, circular and safe batteries enters into force : présentation officielle des nouvelles obligations en matière de sécurité, d’étiquetage et de passeport numérique pour les batteries mises sur le marché européen.
Conseil de l’Union européenne — Council adopts new regulation on batteries and waste batteries : communiqué officiel sur l’adoption du règlement batteries, avec rappel des principales obligations en matière de sécurité, de durabilité et d’information des utilisateurs.
FAQ
Peut-on charger une batterie lithium-ion la nuit ?
La recharge nocturne est possible si l’espace de charge est adapté — résistant au feu, ventilé, sans matériaux combustibles à proximité — et si un système de détection est en place pour donner l’alarme en cas d’anomalie. Sans ces conditions, la recharge nocturne sans surveillance représente un risque sérieux, car personne n’est présent pour réagir si un emballement thermique se produit.
Où stocker une batterie lithium-ion ?
Dans un espace dédié, résistant au feu et ventilé, avec une séparation physique entre les batteries et l’absence de matériaux combustibles au contact direct. L’INRS recommande des locaux ou armoires de stockage spécifiques. Les bornes exposées doivent être protégées pour éviter tout court-circuit accidentel.
Que faire si une batterie chauffe ?
Ne pas tenter de la refroidir avec de l’eau ou d’intervenir directement. La priorité est d’isoler la batterie dans un espace sécurisé à l’écart des autres batteries et des matériaux combustibles, d’alerter les personnes compétentes et, si la situation évolue rapidement, d’évacuer les locaux et de contacter les secours. L’INRS rappelle que la première intervention à l’aide d’un extincteur n’est pas recommandée dans certains scénarios.
Faut-il isoler une batterie endommagée ?
Oui, immédiatement. Une batterie gonflée, déformée, chaude, qui présente une odeur ou un comportement électrique anormal ne doit jamais être remise en charge. Elle doit être mise en quarantaine dans un espace adapté, identifiée clairement et traitée selon une procédure établie. Si la procédure n’existe pas encore, c’est un point à formaliser en priorité.
Un extincteur suffit-il en cas de départ de feu sur une batterie ?
Non, pas nécessairement. L’INRS indique que la première intervention à l’aide d’un extincteur n’est pas recommandée dans les scénarios impliquant des batteries de capacité intermédiaire. La doctrine préconisée repose sur l’isolement du risque et l’évacuation des locaux pour faciliter l’intervention des secours spécialisés. Un extincteur classique ne traite pas l’emballement thermique à l’intérieur des cellules.
Quelles erreurs éviter en entreprise ?
Les principales erreurs à éviter sont : recharger des batteries dans un espace non adapté, stocker les batteries en vrac sans séparation, remettre en charge une batterie suspecte ou endommagée, laisser des batteries en charge sans surveillance ni système de détection, et négliger la propagation possible à l’environnement proche. À ces erreurs s’ajoute l’absence de procédure formalisée pour les situations d’urgence, ce qui laisse les équipes sans repères au moment où la réactivité est la plus importante.
