Les batteries lithium-ion sont désormais partout : vélos électriques, trottinettes, outils électroportatifs, ordinateurs, systèmes de stockage d’énergie, véhicules électriques. Cette diffusion massive a un revers : lorsque ces batteries défaillent, elles peuvent entrer en emballement thermique, générer des gaz inflammables et toxiques, provoquer une propagation rapide du feu et, dans certains cas, se réenflammer après une extinction apparente. En Australie, ce constat a conduit les acteurs de la sécurité incendie et de la sécurité produit à durcir le ton. FPA Australia a publié une note technique pour rappeler que le marché des moyens portatifs “spécial lithium-ion” évolue plus vite que les standards de validation, tandis que l’ACCC a documenté une forte hausse des incidents signalés.
Cette alerte australienne mérite une vraie attention en France, non pas parce que le contexte serait identique en tout point, mais parce qu’elle met en lumière une difficulté universelle : face à un risque émergent, l’offre de produits, les usages réels et les messages commerciaux avancent souvent plus vite que les cadres d’essai, les référentiels partagés et la pédagogie de terrain. Or, dans le cas des batteries lithium-ion, cette avance du marché sur la doctrine n’est pas un simple sujet de conformité ; c’est un sujet de sécurité opérationnelle.
Pour Lithium Secure, cette situation confirme un besoin que nous observons chaque jour sur le terrain : les organisations ne cherchent pas seulement “un produit contre le feu lithium”, elles cherchent une lecture fiable du risque, des équipements cohérents avec leurs scénarios d’exposition et une doctrine d’intervention qui tienne compte de la réalité de l’emballement thermique. Notre rôle n’est donc pas seulement de fournir des équipements ; il est aussi d’aider à distinguer ce qui relève du marketing, de la prévention, de la première intervention et de la gestion post-incident.
1. L’alerte australienne dit surtout une chose : le marché a besoin de clarté
Ce que rappelle l’Australie est simple : la multiplication des batteries lithium-ion s’accompagne d’une multiplication des produits présentés comme adaptés à ces feux, alors même qu’il n’existe pas encore, dans ce cadre réglementaire, de standard australien spécifique permettant de certifier de façon harmonisée des extincteurs ou couvertures conçus spécialement pour ce risque. FPA Australia a précisément publié TAN-09 pour clarifier cette situation et éviter que des allégations commerciales ne soient interprétées comme des garanties normatives.
Ce message est d’autant plus important que le sujet lithium-ion mélange plusieurs dimensions : sécurité électrique, dynamique d’emballement thermique, propagation aux matériaux voisins, dégagement de fumées et toxicité potentielle, ré inflammation, difficulté d’atteindre le cœur de la batterie. Répondre à une seule de ces dimensions ne signifie pas forcément maîtriser l’ensemble du scénario. C’est exactement ce qui rend les promesses simplistes dangereuses.
Pour Lithium Secure, cela rejoint une conviction forte : dans ce domaine, la première valeur n’est pas la sur promesse, mais la qualification du besoin. Une entreprise n’a pas les mêmes contraintes si elle stocke quelques batteries d’outillage, si elle recharge une flotte de vélos électriques, si elle manipule des batteries endommagées ou si elle gère un atelier technique. Les équipements d’intervention ne doivent jamais être dissociés de l’analyse des scénarios, des volumes, des puissances en jeu et des procédures internes.
2. Pourquoi les feux lithium-ion ne se traitent pas comme un incendie ordinaire
Le danger spécifique d’une batterie lithium-ion tient à sa structure même : un défaut interne, un choc, une surcharge, une élévation de température ou un endommagement peuvent déclencher une réaction auto-entretenue. L’ACCC rappelle que ces batteries peuvent prendre feu, exploser ou relâcher des gaz toxiques si elles sont mal fabriquées, mal utilisées, mal stockées ou mal éliminées. L’INRS, de son côté, insiste sur les risques électriques, chimiques, d’incendie et d’explosion dans les environnements professionnels.
Une autre difficulté tient au fait qu’un départ de feu visible n’est pas toujours le vrai problème principal. Dans de nombreux cas, l’enjeu est d’abord de limiter la propagation, d’éloigner les combustibles voisins, d’isoler la batterie ou l’équipement concerné, de refroidir quand cela est pertinent et de gérer le risque de reprise. L’INRS souligne d’ailleurs que les agents extincteurs habituels peuvent avoir du mal à agir au cœur de la batterie, ce qui montre bien que la logique d’intervention ne peut pas se réduire à “éteindre une flamme”.
C’est précisément là que nous nous situons : nous travaillons sur les risques d’emballement thermique avec une logique d’intervention réaliste. Autrement dit, nous ne regardons pas seulement l’instant du sinistre, mais toute la chaîne : détection des situations à risque, préparation des équipes, choix des équipements, maîtrise d’un début d’incident, protection de l’environnement immédiat, et gestion des suites d’événement. Cette vision systémique est essentielle, car dans l’univers lithium-ion, la sécurité n’est jamais purement “produit”. Elle est opérationnelle. Les recommandations de l’INRS sur la prévention, le stockage, la charge et la gestion des batteries endommagées vont dans le même sens.
3. La France ne peut plus considérer le sujet comme marginal
Le contexte français ressemble de plus en plus à ce qu’observent d’autres pays : diffusion rapide des batteries dans les usages professionnels et domestiques, montée des incidents, besoin de doctrine. L’INRS a renforcé sa communication ces dernières années sur les batteries au lithium, et une fiche publiée en octobre 2025 traite spécifiquement du risque incendie lié aux batteries de capacité intermédiaire présentes dans de nombreux équipements de travail.
Surtout, le sujet est désormais traité au niveau des essais et de l’assurance. France Assureurs a annoncé en mars 2026 une campagne d’essais de feu menée par CNPP afin de mieux comprendre le risque d’emballement et les modalités de prévention et de maîtrise. Cela signifie que les acteurs institutionnels et techniques considèrent désormais ce risque comme un dossier structurant, et non plus comme une série de cas isolés.
Pour Lithium Secure, cette évolution confirme que les entreprises ont besoin d’un partenaire capable de faire le lien entre réglementation émergente, retour d’expérience terrain et moyens d’action concrets. Beaucoup d’organisations savent désormais qu’elles sont exposées ; ce qu’elles ne savent pas toujours, c’est par où commencer. Faut-il prioriser le stockage, la zone de charge, la procédure d’isolement, la protection des équipes, l’équipement d’intervention, la signalisation, la formation ? La bonne réponse dépend du contexte, et c’est précisément pourquoi l’accompagnement devient aussi important que l’équipement lui-même.
4. Ce qui change en 2026 : la reconnaissance officielle de la classe L
Depuis janvier 2026, l’ISO 3941: 2026 reconnaît une classe L pour les feux de batteries lithium-ion. C’est un changement important, parce qu’il acte au niveau international que ces incendies ne sont pas seulement une variante des classes historiques, mais un type de feu avec des comportements et des enjeux propres. Cette évolution renforce l’idée que le lithium-ion mérite une approche de prévention et de lutte dédiée.
Mais cette avancée ne doit pas être surinterprétée. La création d’une classe de feu ne résout pas automatiquement les questions de certification des équipements, de doctrine d’emploi, de comparabilité des essais ou de lisibilité du marché. Certains commentaires techniques publiés après l’introduction de la classe L soulignent d’ailleurs que l’apparition de cette catégorie n’équivaut pas encore à un système complet de notation harmonisée des extincteurs pour ce risque.
Au sein de notre entreprise, cette nuance est essentielle. Oui, la classe L aide à mieux nommer le risque. Non, elle ne dispense pas d’un travail sérieux sur les usages, les scénarios et la validation des performances réellement attendues. C’est pourquoi nous défendons une approche sobre : s’appuyer sur les référentiels existants, suivre de près les évolutions normatives et proposer des moyens d’intervention cohérents avec le risque réel, sans présenter trop vite comme “résolu” un sujet qui reste en pleine structuration.
5. Le vrai sujet n’est plus seulement technique : c’est devenu une question de gouvernance du risque
Le débat public et professionnel se déplace. On ne discute plus seulement de “quel produit fonctionne”, mais de “qui valide ce qui fonctionne” et selon quel cadre. Cette lecture est particulièrement forte dans l’analyse du post LinkedIn, qui montre que les professionnels attendent des textes clairs, des essais reconnus et une parole institutionnelle plus structurée.
Ce déplacement est logique. Tant que le risque restait perçu comme marginal, le marché pouvait vivre d’innovations isolées, d’essais privés et de démonstrations commerciales. Mais à mesure que les batteries se généralisent dans la mobilité, la logistique, l’industrie et les bâtiments, la confiance ne peut plus reposer uniquement sur le discours des fabricants. Il faut des méthodes comparables, des critères d’évaluation partagés et des doctrines lisibles pour les utilisateurs finaux.
Cela ouvre à notre entreprise une responsabilité claire : contribuer à professionnaliser la lecture du risque. Notre positionnement ne consiste pas à promettre une solution universelle, mais à aider les organisations à construire une réponse crédible face à l’emballement thermique : compréhension des risques, sélection raisonnée des équipements, intégration dans les procédures d’urgence et montée en compétence des équipes. Dans un marché encore en maturation, la confiance se construit par la rigueur.
6. Ce que l’alerte australienne doit déclencher en France
L’intérêt de l’alerte australienne n’est pas de fournir un modèle clé en main pour la France. Son intérêt est d’agir comme un signal faible devenu fort : quand un pays confronté à la montée des incidents juge nécessaire de clarifier publiquement les limites du marché et l’état réel des standards, il serait risqué de considérer que la France peut attendre. L’annonce des essais CNPP pour le compte de France Assureurs montre d’ailleurs que la prise de conscience est déjà engagée.
La prochaine étape, en France, devra sans doute combiner plusieurs dimensions : une meilleure pédagogie grand public, des recommandations plus lisibles pour les entreprises, une montée en maturité des essais, et un encadrement plus net des revendications commerciales. Cette trajectoire paraît cohérente avec les messages portés par l’INRS sur la prévention, le stockage, la charge et la gestion des batteries endommagées.
Chez Lithium Secure, nous pensons que la bonne stratégie consiste à agir avant qu’un drame majeur ne force une réaction tardive. Cela signifie équiper intelligemment, former utilement, et surtout faire entrer le risque lithium-ion dans une logique de préparation opérationnelle. Un feu de batterie ne se résume pas à un extincteur : il engage la lecture du scénario, le niveau d’exposition, le temps de réaction, la protection des personnes, la gestion des reprises et l’articulation avec les secours. C’est sur cet ensemble que doit se construire la sécurité réelle.
Conclusion
L’alerte australienne arrive au bon moment. Elle rappelle que la croissance des usages lithium-ion impose une exigence nouvelle de clarté, de preuve et de cohérence. L’Australie a mis en avant l’écart entre les promesses du marché et l’état réel des standards. La France, de son côté, commence à structurer sa réponse, comme le montrent les publications de l’INRS et les essais menés avec CNPP. Dans le même temps, l’ISO 3941:2026 reconnaît désormais officiellement la classe L, preuve que le sujet est entré dans une nouvelle phase de maturité internationale.
Pour Lithium Secure, cette phase est décisive. Elle confirme que la sécurité face aux batteries lithium-ion ne peut plus reposer sur l’improvisation ni sur des messages trop simplifiés. Elle doit s’appuyer sur une compréhension fine de l’emballement thermique, sur des équipements d’intervention pensés pour les scénarios réels et sur une montée en compétence des organisations exposées. Plus qu’un marché, c’est un champ de prévention qui se structure. Et ceux qui s’y prépareront dès maintenant prendront une avance concrète en matière de sécurité, de conformité et de résilience.
Sources :
- FPA Australia
- Australian Competition and Consumer Commission (ACCC) — Lithium-ion batteries guide
- INRS — Batterie lithium-ion de capacité intermédiaire : comment prévenir le risque incendie ?
- France Assureurs
- ISO — ISO 3941: 2026, Classes de feux
FAQ
L’alerte australienne dit-elle qu’aucun produit ne fonctionne ?
Non. Elle dit surtout qu’en Australie il n’existe pas encore de standard spécifique reconnu pour certifier de manière harmonisée les extincteurs ou couvertures revendiqués pour les feux lithium-ion, et qu’il faut donc être prudent avec les allégations commerciales.
Peut-on encore parler de vide normatif en 2026 ?
Oui, mais il faut le formuler précisément. Il existe désormais une classification internationale avec la classe L dans l’ISO 3941: 2026. En revanche, le cadre d’essai et de certification des équipements d’intervention dédiés reste encore incomplet ou non harmonisé selon les juridictions.
Pourquoi ces feux sont-ils si difficiles à maîtriser ?
Parce qu’ils peuvent impliquer emballement thermique, émission de gaz, réinflammation et difficulté d’atteindre le cœur de la batterie avec des agents extincteurs classiques.
Pourquoi la France est-elle directement concernée ?
Parce que les batteries lithium-ion sont déjà très présentes dans les équipements professionnels et grand public, que l’INRS a renforcé ses publications sur le sujet, et que France Assureurs a lancé avec CNPP une campagne d’essais dédiée.
Quel rôle peut jouer Lithium Secure ?
Lithium Secure peut aider à relier la compréhension du risque d’emballement thermique, le choix des équipements d’intervention, la structuration des procédures et la préparation opérationnelle des sites exposés. Cette approche est cohérente avec la logique de prévention et de maîtrise du risque mise en avant par les sources françaises et australiennes.
